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Visite en Provence

Texte et photos : Philippe HOTTON

Cela faisait quelques années que cette envie me taraudait : me rendre près de Toulon pour visiter l'installation de Jean-Claude Nourrissat, président de l'Association France Cichlidé. En 1999, les amis italiens cichlidophiles avaient publié une revue uniquement dédiée à Jean-Claude. Cette parution m'avait laissé entrevoir ses bacs et bassins extérieurs aussi j'étais de plus en plus décidé à m'y rendre.

Lors du CichlidenShow d'Anvers en juin 2001 et après quelques mails avec JCN, la date de la visite était fixée au 20 et 21 août. Johnny Van Paeschen et mon inséparable partenaire de voyage Walter Deproost m'accompagneront.

Vue de la maison    Détail de la tour en pierre

Pour ceux qui ne connaissent pas Jean-Claude, je vais brièvement faire les présentations. Son métier de dentiste lui laissait suffisamment de temps libre pour assouvir sa passion : les poissons et principalement les cichlidés. Habitant près de la Méditerranée, il a longtemps pratiqué la pêche sous-marine, plongeant en apnée pour harponner des bars. Cette pratique, comme chez de nombreux plongeurs, lui a abîmé les tympans et il doit parfois mettre la main en pavillon près de ses oreilles pour comprendre lorsqu'il y a trop de bruits environnants. Membre fondateur de l'Association France Cichlidé, il en est le président depuis . . . . et est apprécié de tous, sachant avec calme et sagesse aplanir les problèmes qui surgissent parfois, comme dans toute association. Fanatique des cichlidés d'Amérique Centrale, il en a visité tous les pays plusieurs fois, a découvert de nouvelles espèces dont certaines portent son nom et s'est également pris de passion pour les cichlidés malgaches. Et c'est à Madagascar qu'il a attrapé une saleté de maladie, la bilharziose. Cette maladie est provoquée par un ver parasite qui normalement s'attaque au foie, aux intestins ou au système urinaire. Chez Jean-Claude, ce parasite n'a rien trouvé de mieux que de s'enkyster dans la moelle épinière. Le traitement fut long et pénible mais finalement, il s'en est sorti à peu près bien. Ayant vu la mort de si près, il décida à 55 ans de consacrer sa vie à son hobby. Si il reste chez lui durant les mois d'été, c'est pour mieux accueillir les visiteurs mais après le Congrès national qui se tient début octobre, avec son épouse Nicole, il boucle ses valises et part visiter le Nicaragua, Honduras, Belize, Madagascar . . .

Après cette " brève " présentation, revenons à notre voyage. Départ de Wolkrange à 8h30, nous ne devons pas traîner en route puisque Johnny a emporté 30 kg de vers de vase congelés (en boite isotherme heureusement) pour JCN et comme c'est la canicule … Vers 16h30, nous arrivons à Toulon et une heure plus tard, nous cherchons dans les minuscules routes de Sollies-Pont celle qui nous conduira chez Jean-Claude. Johnny y est déjà allé une paire de fois mais toutes ces chemins se ressemblent tant. Finalement, nous y sommes ! Les surgelés n'ont pas fondu, nous sommes en nage mais Jean-Claude, en prévision de l'arrivée des Belges, a rempli le frigo de bière ! Après avoir dit bonjour à Nicole, sa charmante épouse, et descendu quelques cannettes, nous allons nous changer à l'hôtel avant d'aller souper avec Jean-Claude, (dîner qu'ils disent là-bas !). Wow putaing , la bonne bouillabaisse ! (à dire avé l'assen !)

Mardi, nous arrivons en milieu de matinée armés de nos appareils photo, caméra vidéo . . . et de notre traditionnelle bonne humeur. Sur le parking de Jean-Claude, une voiture suisse : c'est Patrick de Rham qui passe dire bonjour en rentrant de vacances. Quand je vous disais qu'il reste à la maison en été pour recevoir ses amis.

Paysage vu de la maison    La fish house

Laissez moi maintenant vous présenter la " fish room " de JC. Peut-on d'ailleurs utiliser ce mot quand on rentra dans un bâtiment qui ne contient que des aquariums ! Dans l'entrée, sur votre droite, un bac de 8000 litres avec des Vieja synspilus, fenestrata, nourrissati, des Chuco, des citrinellum, des labiatum . . . Et attention, pas un couple de chaque mais pour la plupart, on compte une demi-douzaine d'exemplaires par espèce. Et dans un tel volume, tous ces gros malabars d'Amérique Centrale cohabitent sans problème. Le plus gros bac vu auparavant chez un particulier contenait 5000 litres et j'en étais resté baba. Ici, je ne suis pas au bout de mes surprises.

Bac de 8000 litres    Détail de la filtration

Nous continuons notre chemin et passons à travers une forêt tropicale. Des ficus de plusieurs mètres de haut, des bananiers . . . poussent sous un toit vitré. Il fait très chaud et très humide ; il faut dire qu'au milieu de cet espace, on trouve un bassin d'environ 3 x 3 mètres. La profondeur varie entre 100 et 150 cm. Devinez quels poissons on trouve dans ce bassin. " Heu Des cichlidés, m'sieur . . . ? " Perdu ! Des guppies et des Platy variatus superbes, magnifiquement colorés, des adultes, des juvéniles, des alevins. Il y en a des centaines, voire des milliers. J'en rapporterai un plein sachet à Gérard Danloy ; Jean-Claude, d'un seul coup d'épuisette, en aura pêché deux ou trois cents !

Le bassin intérieur    La forêt tropicale

Tiens, une porte ! Je la pousse et entre dans une pièce qui contient une quinzaine d'aquariums. Leur contenance varie entre 200 et 600 litres. Cette pièce est plus particulièrement utilisée à des fins de reproduction. On y voit des Etroplus maculatus que JC a ramené d'un récent voyage en Inde, des Geophagus steindachneri, des Archocentrus (que l'on nomme désormais Cryptoheros, veuillez noter ceci sur vos tablettes), des bartoni. Une épuisette est prévue pour chaque bac et une cloison est érigée entre deux bacs voisins afin que de l'eau d'un bac ne puisse risquer de contaminer le bac voisin par des éclaboussures ou le saut inopiné d'un poisson. Si on veut éviter qu'une éventuelle maladie ne se propage, il faut prendre ses précautions. A méditer . . .

Le bassin intérieur    Cichlasoma bartoni

Nicole nous présentant ses oeuvresEn dehors de la pièce réservée aux activités picturales de Nicole où elle peint, sur base des photos de leurs expéditions précédentes, des paysages superbes, il reste une pièce à visiter. Et c'est là que nous allons prendre le pied de notre semaine.

On entre et on admire : à votre gauche, un bac de 12.000 litres avec des labiatum, citrinellum et autres salvini. En face, un bac de 17.000 litres avec V. synspilus, maculicauda, argentea, citrinellum et autres managuense. Et à votre droite, un bac de 15.000 litres avec des poissons originaires de Madagascar : P. polleni, Paretroplus, . . . . Tous ces bacs sont en béton recouvert de peinture pour piscine afin d'assurer l'étanchéité et font certainement plus de deux mètres de largeur et l'espace sous chacun des bacs est occupé par de bacs de grossissement. La filtration est assurée par des pains de mousse bleue, l'eau circulant à travers ces mousses soit par un système d'exhausteurs alimentés par des surpresseurs soit par des pompes de bassin d'un débit de quelques m³ par heure. L'eau est limpide, les poissons en très bonne santé et tout est prévu pour demander le moins d'efforts à Jean-Claude. Pour les changements d'eau, J-C a prévu un système d'une simplicité extrême : un tuyau de PVC plongé dans le bac pivote sur un axe à l'extérieur de l'aquarium. Il suffit d'aspirer un bon coup et de laisser couler l'eau dans la rigole. Quand le niveau de l'eau descend jusqu'au trou percé dans le tuyau du bac, il y a désamorçage. Pour le remplissage, c'est aussi simple : Jean-Claude ouvre le robinet central et l'eau, qui est pompée directement dans la nappe phréatique (pH 8,0 et conductivité de 2800µS !!!), s'écoule dans les aquariums jusqu'à ce que le système " chasse de WC " ferme l'arrivée d'eau pour chaque bac. Simpliste et ingénieux que je vous dit !

Le 17000 litres vu de face    Et par la "petite" vitre de coté

Le 12000 litres américain    Les cichlidés malgaches

Mais ce n'est pas tout. Sortons de la maison des poissons et promenons nous à l'extérieur. A l'arrière de la maison, on trouve un bassin de 6 x 6 m et d'une profondeur d'environ 1,5 mètre. Le bassin est entouré par une bande d'eau peu profonde communiquant avec le bassin sur une dizaine de centimètres de hauteur. Tout le pourtour est abondamment planté de nénuphars et autres sagittaires et sert de site de ponte ou d'abris. Et dans le bassin, on voit des cichlidés hyper colorés et de grande taille : des V. labiatum, des Paratilapia polleni et, surprenant chez ce grand amateur de cichlidés centraméricains, des Cyphotilapia frontosa "Blue Zaïre" magnifiques. Le plus gros mâle dépasse certainement la trentaine de centimètres. Jean-Claude donne des coques à manger aux poissons, ils viennent prendre les mollusques dans sa main. Un masque et un tuba traînent sur le sentier. C'est trop tentant, je les utilise pour m'immerger parmi ces poissons. Quel beau spectacle . . . mais il ne faut pas trop s'approcher du couple de P. polleni qui défend sa ponte !

C. frontosa "Blue Zaire"    La mare aux canards

Nous passons à travers quelques rangées de vigne dont nous dégustons des grappes de raisin. Un peu plus haut sur la colline, il y a un autre bassin rectangulaire qui doit mesurer huit mètres de long sur trois mètres de large. Dans un mètre d'eau, on peut voir un couple de P. polleni, des Lamena aux lèvres bleues et d'autres cichlidés dont je ne me rappelle plus le nom. Il faut dire qu'il y en a tant et que je suis plus accoutumé aux noms des cichlidés africains. Redescendons un peu plus bas que la mare à canards, mare qui mesure une vingtaine de mètres de long pour deux - trois mètres de large, mais on finit par s'habituer à ces mesures chez Jean-Claude. En bas de sa propriété, on trouve trois piscines circulaires chauffées par des panneaux solaires. Vous vous doutez bien que ce n'est pas pour faire trempette. Chaque bassin est occupé par des cichlidés d'Amérique ou de Madagascar. Un poisson malgache nous surprendra particulièrement : quand il est excité, il se pare d'une large barre rouge derrière les opercules, un peu comme un Tropheus sp. "Pemba".

La fish-house et le bassin aux frontosa    Les piscines

Série de bacs sous le 17000 litres    Admirez la profondeur !

Vieja maculicauda    Amphilophus citrinellum

Voici grosso modo ce qu'on peut voir et trouver chez ce grand bonhomme. Ce que je ne peux vous décrire ici, c'est l'amabilité, la gentillesse et la disponibilité avec laquelle nous avons été reçu. Nous quitterons Nicole et Jean-Claude le mercredi matin pour nous rendre près de Lyon pour visiter une autre installation de cichlidophile "centraméricain", celle de Isabelle et Philippe Gibert. Encore un autre grand moment que je vous conterai dans un prochain article.

   

PS : Depuis quelques temps, je fréquente de plus en plus les membres du Groupe America de l'AFC, commençant moi-même à maintenir ces poissons. Vous qui faites des cichlidés américains, adhérez à ce groupe : c'est gratuit, il suffit d'envoyer quatre enveloppes timbrées et adressées à votre nom pour recevoir le bulletin trimestriel. La convivialité est de rigueur, il n'y a pas de "grosses têtes" mais des amis qui aiment se retrouver et s'entre aider. Une mentalité qu'on aimerait retrouver parmi le gotha des "spécialistes africains".

Groupe America : Antoine SEVA, Rue Pasteur 22, F57550 FALCK (SEVAANTN@aol.com)

Jean-Claude, merci pour ta gentillesse et ta disponibilité. A très bientôt !

 

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